Russe, ruse, use, us, coutumes, us, nous, noués, usés

Russe : régulièrement, des spams arrivent ici, que j’élimine, évidemment. On m’envoie des messages personnels, dont je ne peux qu’observer l’alphabet, cyrillique. Je n’ai jamais cliqué sur aucun des liens. Les liens hypertextes sont en caractères latins. Je ne sais pas ce que les Russes veulent me vendre. Drogues, armes, médicaments? Pourquoi en russe? J’ai l’impression d’être la petite Alice des livres, entourée de démons dont je ne comprends pas la langue. C’est cela qui crée la peur : l’ignorance.

Ruse : la vie nous joue des tours. Elle nous envoie des messages personnels, parfois dans des langues que nous ne comprenons pas tout de suite. Mais mieux vaut suivre les liens, laisser les liens se faire, s’abandonner. En ce moment, j’aime les gens, j’aime mes collègues, mes élèves, l’infirmière, mes voisins, les proviseurs, ma boulangère, et tout particulièrement mes enfants, les gens que j’aime, mon neveu, mon père, mes enfants très particulièrement, c’est étrange.  Je pense que la vie est une rusée, qui a créé les rayons du soleil de printemps pour que les fleurs de la terre, ou mon coeur, s’attendrissent au printemps.

Use : cela m’use. Mais dans le bon sens du terme. J’accepte volontiers de vieillir, s’il s’agit de vivre, tout en vieillissant, de vivre intensément.

Us : us et coutumes. Lundi, j’ai appris deux décès en une journée. Que la mère de Léa est morte, et je ne le savais pas. Etienne a perdu sa grand-mère, tôt, ce matin-là. Je ne l’ai appris que tard, le soir. Comment fait-on, et que dit-on? Boire un coup, manger du chocolat, parler des morts, se souvenir. On ne sait jamais très bien. Si on était trop à l’aise, c’est ça qui serait inquiétant.

Us : nous. J’ai du mal à définir les contours du nous. C’est le problème de la théorie des ensembles. Nous, les littéraires; nous, les rêveurs. Nous, les profs. Nous, les gens de ma famille. Nous, qui écrivons. Nous, le peuple de France qui va voter bientôt. Nous, les cavaliers. Nous…. Moins il y a de gens dans le nous, plus c’est facile. Le plus simple serait peut-être de m’exprimer directement au pluriel de majesté, que je rebaptiserai pluriel de pluralité (oui c’est un pléonasme), pluriel de souveraineté de l’identité multiple.

Noués : et qu’est-ce qui nous noue ensemble? Est-on sûr de toujours parler la même langue? Est-ce que mon français ne serait pas du russe parfois, étranger à faire peur?

Usés : si les mots sont usés, ne les jette pas à la poubelle. Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais deux ou trois mots vieillis amènent le beau temps. Pimprenelle. Eryximaque. Eryximaque!

 

Note de bas de page : Eryximaque, c’est le médecin qui prononce un discours dans le Banquet de Platon. C’est un passage assez bref, qui j’estampillerais volontiers : texte de printemps.

Oui, ce matin, il fait gris, mais je rêve de fleurs, de chevaux, d’avions, de voyages. Eryximaque! Remède aux ciels gris!

Mise au point sur la gélatine

IMG_20170107_221330C’est l’heure du réveil. Et tout est lié.

Tout d’abord, faire des petites choses nouvelles au quotidien. Par exemple, une crème renversée : ici, on voit que mon caramel est trop clair, car j’étais impatiente et j’avais peur que la petite casserole ne se noircisse de sucre collant définitivement (je n’aime pas trop récurer les casseroles). C’est une recette très simple : on fait un caramel avec une dizaine de morceaux de sucre, ou un fond de petite casserole tapissé de sucre, on ajoute une ou deux cuillères à soupe d’eau, on met sur feu moyen, on n’y touche surtout pas. Quand ça a la couleur voulue, on arrête tout de suite le feu et on remue. La prochaine fois, j’attendrai que ça ait vraiment la couleur voulue. Puis on met le caramel au fond d’un moule, ou de petits ramequins.

Parenthèse : on fait chauffer le four à 150°.

Par ailleurs, une demi-bouteille de lait, à bouillir avec du sucre (75g) et de l’extrait de vanille, on y ajoute trois oeufs battus en omelette, hors du feu, on verse le tout dans le ou les récipients choisis. Il reste à faire preuve à nouveau de patience : au bain-marie, la cuisson prend une bonne heure si l’on a choisi un moule unique (comme ci-dessus); j’ai mis aussi à cuire deux petits ramequins qui n’ont mis que 45 min à prendre.

Le mieux, c’est de mettre la crème renversée au frigo, et de la démouler à la dernière minute, en plongeant le fond du récipient 30 secondes dans une casserole d’eau bouillante. Parfait pour un dessert, quand on reçoit des amis à dîner.

Me voilà donc une vraie femme d’intérieur. C’est que je m’occupe, en attendant. C’est que je me prépare. En attendant quoi? Mon grand voyage d’écrivain à cheval.

Oui, cela peut sembler contradictoire, mais j’ai besoin de me nourrir de ces contradictions. C’est en me prouvant que je suis capable d’être une femme d’intérieur, et que j’assouvis cette pulsion en moi, que je parviens à conjuguer aussi les efforts qui vont me permettre de réaliser mon grand projet. Petites recettes du quotidien, et grand voyage à venir : cela va de pair, comme ma future mule de bât et mon futur cheval.

J’ai emprunté le Journal de voyage de Montaigne, à la bibliothèque; je ne l’avais encore jamais repéré sur le rayonnage. Par ailleurs, j’ai validé vendredi la partie pratique du Galop 2. Je progresse! Je travaille au long cours : mercredi soir ping-pong, jeudi équitation, vendredi équitation, samedi une heure de vélo. Il me faut une condition physique de fond, pour mon futur départ, dans huit ou dix ans. Un grand voyage à cheval, ça ne s’improvise pas.

La gélatine émotionnelle prend. Cela demande de la patience, à petit feu, à four doux. Il faudra recommencer, se perfectionner, réussir la couleur du caramel. Mais je sais qu’il se trame une aventure extraordinaire.

Automne au clou

Hier le cordonnier a ressemelé mes chaussures

Car j’avais marché sur un clou

Il a fait de la belle ouvrage, a ajusté les couches

De semelle fondues

Il me racontait qu’il avait mis sept épaisseurs

Qu’il fallait une semaine

Pour qu’un trou s’efface, que la blessure

Fonde

Il me disait à quel point sa fille était grande

Vingt-et-un an

Il n’aime pas qu’on la prenne pour sa copine

C’est bien ma fille, là, voyez-vous

Disait-il, fier, un peu gêné

Nous discutions de notre automne

Quand on efface le trou du clou

Cela demande du travail

De préparer un fier hiver

De grands enfants

Des chaussures qui ne prennent pas l’eau

Le travail d’un cordonnier

Qui fait de la belle ouvrage

Humble et fier