Nez au vent

Nez au vent, j’accompagne mon chien qui respire les oiseaux et déclenche de grands vols prudents – faisans, hérons, canards variés s’éloignent.

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J’ai coupé mes cheveux. J’ai largué quelques amarres, mais pas jeté les cordages ni le bébé avec l’eau du bain. Navigation à vue, malgré la brume légère.

Dans ce pays qui a la jaunisse – maladie politique, je n’ai qu’un rhume corsé. Sans doute en manque de l’adrénaline procurée par mes trajets à vélo, j’ai voulu passer un petit bras boueux de la Loire qui monte en suivant une branche à fleur d’eau. De l’eau du fleuve plein les bottes.

La poésie d’un samedi dehors peut-elle colorer l’arbre gris des autres jours?

 

 

Je ne sais…

… pas du tout par où reprendre. Je n’ai pas l’intention d’annoncer quoi que ce soit. Ce ne sont pas du tout des retrouvailles. Il n’y a pas ce drôle de goût de continuité, cette impression sucrée d’une conversation qu’on reprend, trois ans plus tard, là où elle avait été laissée, parce que le temps, la vie, les océans parfois nous séparent. Rien de tel. Je me force un peu, mais à peine. Comme un quelconque prédateur opportuniste, j’ai juste, pour une fois, envie de saisir du bout des crocs un peu du temps tentant devant moi, celui qui file comme cette eau courante, celui-là. En fait, je ne reprends pas. Je ne remettrai pas cent fois, sur la table, mon ouvrage. Trop de temps a passé, les digues sont rompues. Je n’ai plus la même voix, ni les mêmes cheveux. C’est fou comme l’environnement nous change. Mon intériorité s’est modifiée, sensible qu’elle est aux paysages. A force de regarder évoluer, de balade en balade, les constructions solides des castors, je ne trouve plus tellement poétiques les constructions humaines. L’éclairage nocturne urbain me laisse assez étonnée, déconcertée, et cet étrange déploiement de couleurs et de messages sur les façades témoigne d’une folie partagée, à coup sûr. Je préfère, sur le sable, voir pousser les mousses, et les nuances de vert qu’elles offrent en hiver. Seuls peut-être les oiseaux me relient aux oiseaux. Ils passent, et moi de même.

Je lis Plutarque. Que n’ai-je fait cela avant.

Aphorismes

Comme un coeur qui s’assèche, un ruisseau se tarit, le temps fugue.

A trop regarder les étoiles.

Du lointain vint la paume tremblante des heures.

A trop regarder monter et descendre les fleuves, les herbes sont montées, mauvaises. Cachent la rive.

Du lointain vint le sable des heures.

Comme un coeur qui s’assèche, de la fleur morte tombe les graines.

A trop écouter le vent semer l’automne.

Comme un coeur, comme un fleuve.

Du lointain vint l’eau des larmes et des heures.

Et mon coeur épanchait ses graines sèches, au bord de l’eau.