Lignes

Quand les lignes se tordent

les chemins

se défont

tu débroussailles toujours à l’aventure

rien n’est écrit sinon

que

 

 

 

et librement tu dessines

contournant les arbres millénaires

le fleuve dont le cours change un peu chaque jour

seules contraintes véritables

 

 

 

librement dans le silence

l’espace dont tu feins d’ignorer les lignes rectilignes

alors que tu n’es pas la première humaine à venir sur ce territoire

 

 

librement tu choisis d’observer les chemins de ceux que tu reconnais comme les tiens, une famille, quelque chose de ce genre

 

librement tu tords les lignes

librement ta carte du monde autour se dessine sous tes pas

 

rien n’est écrit sinon

que

tu vas

Le soir

C’est un titre sobre : le soir. J’aimerais rendre ici compte d’un moment de concentration exacerbée, une concentration de lumières et d’odeurs, dans les rues, dans ce moment étroit où la nuit se substitue au jour. Sur la pierre grise et beige, des motifs se dessinent. Certains sont dus au hasard, aux pluies qui ont tracé leurs lignes selon le sens du vent, envoyé des messages mystérieux. On trouve aussi, au dessus d’une porte, la petite sculpture protectrice d’un saint berger, son mouton à ses pieds, un bâton ou une crosse à la main, une pierre sur l’épaule, comme s’il avait présidé à la construction de la maison. Ce qui est étrange, c’est que ce sont les attributs de saint Bénézet, on le trouve très au sud, vers Avignon je crois, ou vers le pont du Gard, rien à voir avec la Touraine. Peut-être un habitant nostalgique de son sud natal, vers le 16ème, le 17ème siècle? Un peu plus loin, un visage d’ange, encadré bizarrement de deux ailes, sourit, tout joufflu, et surmonte joyeusement une porte. Un pan de mur rappelle une maison un peu écroulée, ainsi qu’un carré de digitales rose foncé qui montent à deux ou trois mètres, depuis des siècles, a-t-on l’impression.

J’aime m’enfoncer dans le soir. Au moment où le soleil se couche, les siècles s’écrasent sur l’horizon.

 

Sur les routes (imaginaires)

Depuis que nous vivons avec un petit chien, je sors beaucoup plus, connais les gens de mon quartier, bavarde avec mon prochain. Je connais de nouvelles routes, des chemins supplémentaires.

Bientôt je serai prête pour partir à cheval, en utilisant ce genre de logiciel qui vous projette dans un temps reculé, encore quelques années d’équitation, et ce sera bon! Et puis j’aurai un gentil chien pour m’accompagner, débusquer les lièvres avant qu’ils ne fassent sursauter mon cheval, et le garder lors des petits arrêts.

Aujourd’hui, en balade, nous avons vu passer un chevreuil, bondissant. C’était beau.