(…)

Et alors, je me demande d’où vient ce manque, cette faille et cette fêlure (ce vieux mot qui me hante). D’où vient cette culpabilité arrogante qui me dévaste, d’en haut (et j’aurais beau jeu d’accuser mes parents, trop facile). D’où vient ce qui fait que même heureuse, le bonheur m’est inaccessible.

C’est à cause de la fêlure. Un vieux mot que je n’arrive pas à jeter. Une incomplétude tenace.

Des moments de bonheur, il y en a, finalement beaucoup. Un quatre-quart réussi. L’écoute de mes élèves. Je suis souvent très heureuse, en cours. J’oublie la fêlure, tant je colle à l’instant. Leur regard qui s’illumine, quand ils comprennent. Des moments de plaisir partagé, de lectures à voix haute.

Et puis ce geste aristocratique, parcourir la campagne avec mon chien, prendre le temps de cheminer sur mes terres, bords de fleuve, lapin, arbre terrassé par l’hiver, nuances légères qui scandent la promenade répétée, la rêverie recommencée.

Peut-être le bonheur, est-ce un état aussi inconcevable que la mort.

En tout cas quelque chose ou quelqu’un me manque.

Peut-être est-ce vous. Peut-être est-ce moi.

Et du coup j’écris là, bêtement, bête et impuissante.

Continuant à ne pas me sentir légitime dans ce geste que pourtant je continue.

Même sans objet.

Même vide.

Ode

Tous les êtres boivent la joie

et le soleil.

Tous les êtres qui s’émerveillent

boivent la joie.

La joie s’écoule, nous nous aimons

et sommes frères,

sous le soleil il fait si bon,

le doux mystère.

Nous chanterons à l’unisson

partout sur terre.

Le soleil brille, pierre parangon,

partout j’espère.

Quand les hommes seront tous en joie,

sous le soleil,

un doux soleil, un fier émoi,

sera merveille.