Pauses

Je vais essayer de revenir ici : j’aime bien cet endroit – mais parfois, on a besoin de vacances.

Je ne sais pas ce que j’ai fait de ma fibre poétique.

Est-elle confinée? Non, pas vraiment… Je me laisse embarquer dans une forme de survie, je n’aime pas trop cela, mon métier me déborde, la matière me déborde, me noie, il faudrait que je me sorte de là comme on se secoue de l’eau lourde, comme on s’ébroue, comme on se débarrasse de la boue superflue, comme on dit non à la boue et oui à la terre fertile, comme cela.

Je manque de quoi? De rien, si ce n’est d’air, de temps, de ce fluide léger, l’éther, l’appel du ciel, la fécondité du ciel libre, je manque d’oiseaux à l’intérieur, je manque d’envols.

Est-ce que je souffre? Même pas.

Cet endroit est-il mort? Peut-être.

Est-ce que je suis passée de l’autre côté? Je crois. Mais qu’y a-t-il, de ce côté-ci? Je ne sais pas encore.

L’exercice du bouquet : lectures préférées

Voici quelques fleurs, une anthologie personnelle :

Bouquet de textes au parfum de vieux cuir (par exemple, de fauteuil club légèrement défoncé dans lequel on s’assoit pour raconter sa vie, et y réfléchir)

Natsume Sôseki, Je suis un chat

Laurence Sterne, La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, gentleman

Plutarque, Vies parallèles

Dostoïevski, L’Idiot

Bouquet de textes fleurant bon le whisky (« Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse »)

Malcolm Lowry, Au-dessus du volcan

Thomas de Quincey, Confessions d’un mangeur d’opium anglais

Henri Michaux, La nuit remue

William Burrough, Le festin nu

Bouquet de textes à l’odeur de chemins, de foin, d’herbe sèche, de vent venu de loin, de vent qui demande : « Vers où aller ? »

Homère, L’Odyssée

René Char, Commune présence

Claudel, Cinq grandes odes

Diderot, Jacques le fataliste et son maître

Bouquet de textes à l’odeur de cire d’abeille, de parquet vernis, de meuble patiné, de boutique d’antiquaire, de brocante (Qu’est-ce qui mérite d’être gardé?)

Montaigne, Les Essais

Kundera, Risibles amours

Ovide, Les Métamorphoses

Thomas Bernard, Maîtres anciens

Bouquet de textes qui sentent la lettre d’amour, l’élévation, le parfum de la rose pure, le ciel

Guillaume de Machaut, Le Livre du Voir Dit

Platon, Le Banquet

Rilke, Les Elégies de Duino

Gaspara Stampa, Rimes d’amour

Bouquet de textes qui ont l’odeur des autres, de leur sueur et de leur sang, de leurs idées trompeuses ou folles, le parfum de l’humain

Malraux, La Condition humaine

Thoreau, Walden ou la vie dans les bois

Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire

Milkhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite

Solution

La solution à mes problèmes est là

dans les sons qui hantent ma tête

La solution est dans les sons

Je n’ai pas de problème non

plutôt un son qui tourne en rond

et quand il ne sort pas m’inquiète

La solution est dans les sons

à moi de me faire échanson

et de verser en gouttelettes

des sons qui deviennent chansons

Faire des problèmes des perlettes

et finir en esperluette

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La solution est dans les sons

Et parfois dans les pirouettes