Combien de lignes dans ce manifeste?

Quatrième jour de l’établissement du manifeste : il durera peut-être toute une année. Je ne suis peut-être faite que d’intentions, de désirs, et pas du tout de réalisations? Non. cela ne sera pas. Après tout, parfois, j’ai cette drôle de force qui fait qu’un désir peut devenir réalité, changer de nature, passer de l’état de vapeur à celle d’eau claire où se baigner, de nuage à fontaine – l’ouragan devient source, parfois.

Règle n°4 : ne pas sublimer, mais condenser.

(Il faudra réécrire l’ensemble des règles. Dix, dans la plus pure tradition, ce serait bien.)

Troisième jour du manifeste

J’essaie de m’y tenir, je me sens souvent si seule, à représenter la faible évanescence d’un vieux monde déjà quasiment aboli, vestige debout, à faire semblant que je transmets une littérature que j’oublie moi-même. Je me sens souvent si seule, sans l’ombre d’un écho, en face de ces élèves qui affirment, avec une simplicité désarmante de bonne foi, qu’ils n’aiment pas lire, qu’ils n’ont pas le temps – en filière « littéraire ». Et j’ai presque pleuré en corrigeant des copies bourrées de fautes, sans une phrase qui tienne debout – j’avais envie de les photographier et d’envoyer cela à quelque ministre, mais qu’en feraient-ils? « Voici une copie écrite par une jeune fille titulaire du bac ES, et celle-ci, de la plume d’une lauréate d’un bac S…. » Ah, je m’afflige, et pour autant, je sais que nous aurons bien du mal à revenir en arrière, le mensonge construit un monde si confortable, des années durant.

La troisième règle sera celle d’affirmer la vérité des émotions, même quand celle-ci est douloureuse. Ne pas taire la honte, ni la colère, ni la rage, ni la jalousie. Toutes ces émotions que la morale-coton réprouve, bannit, au nom de la santé, de la nécessité de limiter les pulsations cardiaques. J’ai foi dans la vérité des songes, mais plus encore dans celle des corps.

De l’émoi

Et si je réfléchis aux règles, je veux de l’émoi. Du trouble, de l’agitation, quelque chose de la vie qui monte comme lorsqu’on monte les marches de l’opéra, tout s’agite, ça frémit de partout, une légère inquiétude monte, le tragique sera peut-être au rendez-vous, mouchoirs en soie, talons légers, jupons savants.

Pas de l’émotion, de l’émoi. Je veux quelque chose qui tremble, comme un éventail dans la lumière.

Ce sera la deuxième règle : privilégier l’émoi.

D’autant plus, qu’avouons-le, je ne suis pas une grande intellectuelle, trop désordonnée et trop éclectique dans mes lectures. La rigueur de pensée, je l’aime à l’échelle d’une dissertation, quand on peut jouer avec les références. Quand on reste au stade de l’habileté. Presque de l’art de la conversation. Mais je n’ai rien d’une thésarde, d’une chercheuse, d’une universitaire véritable. Je ne suis pas faite de cette étoffe-là. Je suis du côté des mouchoirs de soie (apprendre à se connaître).