Pas de deux

Je tiens à garder le souffle de l’enfance, le papillon niais, la fleur qui s’émerveille. Il n’y a pas longtemps que lune et soleil dansent, il n’y a pas longtemps que l’être humain se pense; j’aime lire les auteurs antiques au soleil.

Bien sûr, puisqu’il convient d’être au monde des hommes, bien sûr, puisqu’il convient d’être avec son prochain, j’accepte toutefois de parler et sourire, et je m’agiterai en tous sens, c’est la loi. Bien sûr, puisqu’il convient d’être une grande personne.

Je tiens à dire pourtant que la valse intérieure connaît de temps en temps faux pas, coups de grelot, remous, tourments, et peines, et presque du chaos. Je tiens à dire qu’au fil ténu qui nous sépare, nous relie, moi et moi, le moi de mon enfance et le moi de la loi, il y a peu parfois qui tienne à distance un coup de ciseau.

Tribute to Banville

Ta majesté t’affranchit du trépas,

ô grand fardeau qu’avec ennui on nomme,

ô toi qui fais de nous bêtes de somme,

de l’âne un sot, du matin un « Hélas! ».

Répétitions, péroraisons immondes,

Fiche à remplir, solennité du jour,

Quand du Travail tu éloignes l’amour,

Que tu l’enfles de bêtise féconde,

Qu’engendres-tu, toi qui naquis si tard,

Tout fardé, paillettes et directives,

De la Nécessité le fils bâtard,

Père de nos lassitudes hâtives!

Non, tu ne mourras pas, je le sais bien,

Boulot, fils dévoyé de nos besoins.

Prière du dimanche laborieux

C’est un long tunnel que ce dimanche gris

Table de travail murs tout me semble dur

Tunnel aux parois froides creusé dans la montagne

Tunnel étroit et noir rime avec cauchemar

Que j’ouvre des fenêtres

Que je creuse les murs

Et le flanc montagneux s’ouvrira sur le vert des prairies

Les chamois accueillants bondiront un instant

Que j’aie la force de creuser

Jusqu’à l’air si léger

Ou que je parvienne à aimer l’humidité glacée du tunnel