Manifeste (suite)

Dimanche brumeux : un temps parfait pour récapituler ce qui a déjà été écrit, et le reprendre, le compléter (dans une première version rapide).

La première contrainte, ce serait la richesse du vocabulaire. Employer beaucoup de mots différents. Utiliser une palette riche, variée, sensible. Exploiter ce trésor, les ressources immenses de la langue française.

La deuxième règle : privilégier l’émoi. Pas de l’émotion, de l’émoi. Je veux quelque chose qui tremble, comme un éventail dans la lumière.

La troisième règle est celle d’affirmer la vérité des émotions, même quand celle-ci est douloureuse. Ne pas taire la honte, ni la colère, ni la rage, ni la jalousie. Toutes ces émotions que la morale-coton réprouve, bannit, au nom de la santé, de la nécessité de limiter les pulsations cardiaques. J’ai foi dans la vérité des songes, mais plus encore dans celle des corps.

Règle n°4 : ne pas sublimer, mais condenser. Un désir peut devenir réalité, changer de nature, passer de l’état de vapeur à celle d’eau claire où se baigner, de nuage à fontaine – l’ouragan devient source, parfois.

La 5ème règle est d’écrire longuement. Puis de taillader dans la matière. La forme brève contrainte par le temps, ça suffit. On le trouvera, ce temps. On le trouvera.

Règle suivante : accepter la rencontre, dans ce monde où les gens se rencontrent si peu. Faire de la rencontre des personnages le thème, le centre, l’enjeu. Montrer que c’est possible.

Règle septième : de vrais personnages, construits, et osons le mot : réalistes. Et même : vraisemblables. Que le récit dise, exprime, explore ce que sont les humains aujourd’hui. Y intégrer des animaux.

Douze contraintes

En ce moment, j’accumule les petites rages et les frustrations : pas assez de temps, la chaudière de la maison qui rame, le chien qui entame non pas une crise d’ado, n’humanisons pas, mais qui depuis quelques jours entame sa puberté de chien, lève la patte, et ne répond qu’à le deuxième ou troisième fois aux ordres (depuis mardi exactement), le sentiment d’impuissance ou plutôt d’insuffisance générale que je ressens, je me demande s’il me reste encore des changements d’adresse à effectuer et lesquels, est-ce que j’envoie un message à quelques vieux amis, à quoi bon, plus personne n’écrit.

On pourrait penser que des contraintes, j’en ai déjà assez. Mais non. Je veux aller jusqu’à vendredi prochain, et durant les vacances, je déconnecte et j’écris sur un cahier. Ensuite, je recopierai. Je n’ai pas eu raison d’écrire Mort azimut directement sur le clavier. Je n’ai pas la force de concentration suffisante pour me maintenir active dans l’écriture, sauf quand c’est le rush, la dernière minute, la contrainte du temps qui joue. Syndrome du pompier : je ne m’active que dans l’urgence – sinon, je rêve à ce que je vais faire, le projette, le peaufine parfois dans l’idée, rien n’en sort. Je pense à deux ou trois choses en même temps. (Non, je ne suis pas de très bonne humeur ce matin, ni très bienveillante avec moi – hier j’ai u un film, Valley of love, qui m’a rendue triste, un film fantastique – au sens premier, littéraire, du terme-, un beau film).

Règle suivante : accepter la rencontre, dans ce monde où les gens se rencontrent si peu. Faire de la rencontre des personnages le thème, le centre, l’enjeu. Montrer que c’est possible.

Douze règles, comme les notes de la gamme dodécaphonique. Penser ces règles en termes d’outil, de palette mise à disposition, pas dix comme les tables de la Loi. ( Car qui suis-je?).