Entre deux eaux

Les eaux de montagne, et les eaux des fleuves vert sombre dans les plaines.

L’eau de la pluie, les gouttes à travers lesquelles on court.

L’eau qui manquait, l’eau qui tombe enfin.

Entre deux eaux, se meuvent les sables.

Entre deux courants, entre deux années, s’écoule un petit torrent agité, de cailloux en rivières, de montagnes encaissées en couloirs hasardés au pied des arbres lourds de feuilles.

La mélancolie des jours, c’est regarder leur clepsydre, qui prend toujours la forme qu’on leur donne. Quelle responsabilité que de se faire lit de ses propres heures, doux pouvoir, grave pouvoir, être lit, sol, sable et caillou. Lit de son propre fleuve. Jusqu’à la mer, jamais vraiment désirée, mais qui arrive, inéluctable de sable fin, après les feuillages verts qui nous cachaient.

Joie des retrouvailles

J’ai retrouvé mon blog! – un peu comme un naufragé aborde une île déserte.

L’expression est peut-être excessive, mais la joie est là. Je lis Ovide, les Tristes, il n’a de cesse de parler à ses poèmes, « carmina mea », je n’en suis pas là, mais il y a une consolation douce à s’exprimer sur une mélopée, même dans le vent ou le désert.

J’ai lu quelques livres, ces temps derniers. Je l’écrirai ici.

De ce qu’on aime ce qui nous manque – est-ce si sûr?

Près de moi, un voyageur arbore aux deux poches de côté de son sac à dos une gourde d’eau, un parapluie. C’est jour de canicule. Chanceuse aujourd’hui, j’ai eu mon train qui était en retard, puisque moi-même en retard pour avoir (ô acte manqué !) omis de tourner vers la gare, trajet pourtant effectué mille fois au moins. Y aller en voiture, sinon… Plus rapide, mais bien plus fatigant. Pas envie de conduire deux heures, en fin de journée, aveuglée par la canicule. Pas envie de rajouter du chaud au chaud, du carbone au carbone, des cillements de paupière épuisée aux nuits courtes. J’écris ici : c’est une pollution du monde plus légère, et plus jolie. Les maraîchers s’activent dans le paysage souple. Ils cueillent les salades. Beaucoup de maisons ont déjà leurs volets clos. Ailleurs, c’est grand ouvert encore, du linge sèche, et des coquelicots s’ouvrent innombrables sur les buttes, en travers des champs. J’appartiens à un monde bucolique. Élevée en ville, je n’y étais pas assez libre pour en goûter tous les plaisirs. Étais-je si.entravée que ça ? Non. Mais la ville est lieu de clôtures et frontières, la ville c’est l’espace des propriétés.  Mon train du matin traverse donc la campagne ; les tracteurs circulent, on arrose peu. Manque d’eau. L’aime–t’on tant que ça ? Sur le quai de la gare de Saint-Pierre-des-corps, un signe de la crue, qui menace toujours les hommes si petits.

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