Un poème de Charles d’Orléans

BALLADE V.

     En la forest de longue attente,
Chevauchant par divers sentiers

M’en voys, ceste année présente,
Ou voyage de Desirirs.
Devant sont allez mes fourriers
Pour appareiller mon logis
En la cité de Destinée ;
Et pour mon cueur et moy ont pris
L’ostellerie de Pensée.


     Je mayne des chevaulx quarente
Et autant pour mes officiers,
Voire, par Dieu, plus de soixante,
Sans les bagaiges et sommiers.
Loger nous fauldra par quartiers,
Se les hostelz sont trop petis
Touteffoiz pour une vesprée
En gré prendray, soit mieulx ou pis,
L’ostellerie de Pensée.


     Je despens chascun jour ma rente
En maintz travaulx avanturiers,
Dont est Fortune mal contente
Qui soutient contre moy Dangiers ;
Mais Espoirs, s’ilz sont droicturiers
Et tiennent ce qu’ilz m’ont promis,
Je pense faire telle armée,
Qu’auray, malgré mes ennemis,
L’ostellerie de Pensée.


ENVOI

     Prince, vray Dieu de paradis,
Vostre grace me soit donnée,
Telle que treuve à mon devis,
L’ostellerie de Pensée.

Pauses

Je vais essayer de revenir ici : j’aime bien cet endroit – mais parfois, on a besoin de vacances.

Je ne sais pas ce que j’ai fait de ma fibre poétique.

Est-elle confinée? Non, pas vraiment… Je me laisse embarquer dans une forme de survie, je n’aime pas trop cela, mon métier me déborde, la matière me déborde, me noie, il faudrait que je me sorte de là comme on se secoue de l’eau lourde, comme on s’ébroue, comme on se débarrasse de la boue superflue, comme on dit non à la boue et oui à la terre fertile, comme cela.

Je manque de quoi? De rien, si ce n’est d’air, de temps, de ce fluide léger, l’éther, l’appel du ciel, la fécondité du ciel libre, je manque d’oiseaux à l’intérieur, je manque d’envols.

Est-ce que je souffre? Même pas.

Cet endroit est-il mort? Peut-être.

Est-ce que je suis passée de l’autre côté? Je crois. Mais qu’y a-t-il, de ce côté-ci? Je ne sais pas encore.

Je ne sais pas combien de fois…

… j’ai commencé des textes.

Mais j’ai un nouvel ordinateur, et il appelle un nouveau texte.

Alors, je l’ai commencé.

Sobrement, et sans aucune allusion à quelque prédécesseur que ce soit, illustre ou non, je l’ai provisoirement intitulé Les Essais.

Après tout, il n’y a pas de copyright, pour les titres.

Et je suis une lectrice avant tout.

Il est temps de l’écrire.

Voilà.