Lignes

Quand les lignes se tordent

les chemins

se défont

tu débroussailles toujours à l’aventure

rien n’est écrit sinon

que

 

 

 

et librement tu dessines

contournant les arbres millénaires

le fleuve dont le cours change un peu chaque jour

seules contraintes véritables

 

 

 

librement dans le silence

l’espace dont tu feins d’ignorer les lignes rectilignes

alors que tu n’es pas la première humaine à venir sur ce territoire

 

 

librement tu choisis d’observer les chemins de ceux que tu reconnais comme les tiens, une famille, quelque chose de ce genre

 

librement tu tords les lignes

librement ta carte du monde autour se dessine sous tes pas

 

rien n’est écrit sinon

que

tu vas

Là où se cacher/se dévoiler (une histoire de talent)

Ce matin je réfléchissais

ma vie dans un miroir

et je songeais aussi à la parabole des talents

cette histoire, dans l’évangile, d’un maître qui s’en va et laisse

des talents

dans les mains de ses gens

et l’un l’enterra, sa pièce

comme ces gens gouvernés par la peur

de perdre

comme ces gens qui s’enterrent vivants

ceux qui vivent devant des écrans

sans s’apercevoir du poids mou de la boue sur leur tête

Et je songeais à cette histoire

à ces paraboles anciennes

j’avais envie de spiritualité

comme on a soif ou besoin d’air

je ressens le besoin de forces qui me dépassent

de pensées qui viennent de plus loin

pas de bigoterie, non, du tout, mais l’élan que c’est

le souffle

la nécessité de dépasser ce moment de peur

ce geste idiot de fermer sur sa pièce sa main

de cacher son talent

je réfléchissais à l’audace

au dévoilement

au mouvement

à la liberté profonde que requiert le fait d’accepter un cadeau

un prêt

la vie est un prêt que l’on te reprend

mais d’ici-là

à toi, à moi, elle est là

et

quelque talent que j’ai

va avec le devoir

courageux

de le faire fructifier

au grand jour et au vent

ça ne se plante pas comme une graine

ça se multiplie dans l’air

comme les battements d’aile d’un oiseau

Lectures de septembre

Ce n’est pas un mois au cours duquel j’ai beaucoup de temps, en général.

J’ai tout de même lu deux bons livres – rien de très surprenant, les titres sont célèbres, et un recueil de poèmes :

Sepulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, un livre qui est le contraire de la mièvrerie comme son titre pourrait le faire croire. En le lisant, je me suis souvenue de mon immense plaisir à lire, de lui, La mouette et le chat. J’aime son écriture limpide et douce, sa réflexion posée sur nos mouvements désordonnés, si souvent risibles, à nous les hommes.

 

Foeninkos, Charlotte. J’ai beaucoup lu de livres de lui, j’en ai même étudié un avec mes VCM, à l’époque où cette section existait encore. C’est un auteur tendre. Ce n’est pas un génie, mais c’est un auteur cohérent, qui manie bien la langue et est capable de mettre en scène, dans une économie de moyens efficace, des émotions profondes. J’ai donc beaucoup d’estime pour lui. J’hésitais à lire ce livre, je différais son emprunt parce que j’avais peur de pleurer – est-ce qu’il y a de bons moments pour lire des livres qui font pleurer? Ce livre retrace la vie de Charlotte Salomon, et évite, avec justesse, les larmes. Je n’ai pas pleuré. J’ai été emportée juste au-delà, dans l’espace de la gravité. Il s’agit donc d’un livre assez précieux, et rare, qui parvient à échapper aux clichés du « tragique destin de l’artiste » et autres expressions dégoulinantes d’empathique candeur – feinte ou réelle, qu’importe. J’apprécie que ce texte nous emmène dans l’espace profond de l’hommage respectueux, des faits implacables, là où le fatum se mêle au besoin de créer, de vivre et d’agir.

 

Lu aussi, d’André Velter, Zingaro suite équestre. C’est un auteur qui ne me déçoit pas, jamais jusque là (et puis l’an passé, je me souviens encore du regard émerveillé d’une élève, qui a acheté, de lui, le recueil L’amour extrême, je leur avais lu un texte ou deux, et m’expliquant qu’elle avait compris que la poésie s’adressait aussi à elle. Ce sont les petites pépites qu’on a besoin de secouer, fin septembre, pour faire revenir quelques étincelles d’or au-dessus du tas de copies.) Poèmes et dessins, c’est beau.

 

Le reste, feuilleté ou lu, fut oubliable.